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VPPB, quand vous marchez au plafond!

Elle a 65 ans, professionnelle, très active, vit seule, voyage souvent, tout ce qu’il y a de plus standard. Samedi, elle a cuisiné toute la journée et elle était tellement fatiguée à l’heure du dîner qu’elle est allée se coucher sans manger. Elle s’est endormie comme une pierre jusqu’à une heure du matin où un petit besoin la réveille. Elle se tourne pour rejoindre le bord du lit mais la fenêtre de sa chambre, éclairée par les reflets de la neige, suit son mouvement. Le plafond se rapproche, elle a l’impression de pouvoir toucher le lustre.

Elle pense : un étourdissement. Prudence, ma grande, cramponne-toi. Ce qu’elle fait pour rejoindre le cadre de porte, puis l’autre porte, puis le comptoir du lavabo puis la cuvette. La veilleuse éclaire à peine les objets, c’est tant mieux parce qu’ils sont tous déplacés. Le retour à son lit est périlleux.

Un autre petit bout de sommeil et réveil à nouveau. Cette fois, en regardant autour d’elle, elle est prise d’une violente nausée. Elle a à peine le temps de rejoindre le lavabo et vomit tous ses boyaux.

À trois heures et à quatre heures trente, même malaise; à six heures, à sept heures également mais au lever du jour, elle se dit qu’elle doit absolument atteindre sa chaise de bureau pour pouvoir se déplacer assise, elle ne tient littéralement plus debout. Ses vomissements l’ont affaiblie, maintenant c’est de la bile jaune, brûlante, amère.

À neuf heures, elle pense avoir trouvé : un aliment qu’elle a goûté lui a causé une violente indigestion, accompagnée de nausées et de vomissements. Elle ne pourra pas se soigner seule. Elle communique avec Info-Santé qui lui conseille d’appeler les urgences immédiatement.

Quand les ambulanciers se présentent, elle leur sourit. Ils se disent qu’elle n’a pas l’air trop malade, la madame! Ils ne savent pas qu’elle les voit 3 m de haut, au-dessus de sa tête! Elle sait bien que c’est un mauvais tour que lui jouent ses yeux mais comment l’expliquer. Celui qui prend ses signes vitaux la questionne et en moins de deux, on est déjà à l’hosto.

L’urgentologue la questionne aussi et la regarde dans les yeux. Elle raconte son histoire d’intoxication alimentaire. Elle a cessé de vomir tant qu’elle ne bouge pas, ne se redresse pas. Les couloirs, les civières, les personnes sont sens dessus dessous mais elle est occupée à faire mentalement la liste des aliments qui auraient pu la rendre aussi malade. Les crustacés, sûrement!

Un physiothérapeute arrive et lui demande de s’asseoir sur le bord de la civière. L’urgentologue est resté près d’elle, attendant la confirmation de ce qu’il pense. Elle se redresse mais se cramponne à la blouse du physio, elle a peur de tomber dans le vide. Voici ce qu’elle voit, ci-contre.

  • Tournez la tête et laissez-vous aller à mon mouvement. Je vous couche sur le côté gauche 10-15 secondes puis rapidement, je vous couche sur le côté droit un autre 10-15 secondes. Maintenant, redressez-vous, doucement. Vous êtes victime d’un VPPB. Un vertige positionnel paroxystique bénin.

  • Attendez, vous venez de faire de la magie! Merci pour l’instant… mais c’est quoi au juste ce vertige que vous appelez « bénin »? C’était déjà épouvantable, je marchais au plafond… Au fait, je ne suis pas étourdie, c’est l’environnement qui a basculé.

L’urgentologue se joint au physio pour la leçon.

  • Le VPPB est causé par le déplacement de petits cristaux de calcium appelés otolithes, qui sont présents normalement mais qui se retrouvent dans la mauvaise partie de l’oreille interne, soit le canal semi-circulaire postérieur. Ce système si complexe qu’on l’a appelé labyrinthe est composé notamment de trois canaux semi-circulaires (postérieur, antérieur et horizontal) et de deux organes (utricule et saccule). Dans ces organes se trouvent de petits cristaux de carbonate de calcium, nommés « otolithes ».

  • Il arrive que ces otolithes se retrouvent délogées, ce qui permet leur déplacement, lors de mouvements de la tête, vers l’un ou l’autre des canaux semi-circulaires. C’est leur présence dans les canaux qui provoque le vertige, car les otolithes empêchent les canaux de fonctionner normalement. Lorsqu’une personne atteinte de VPPB fait certains mouvements ou s’allonge rapidement, ces cristaux se déplacent et causent des vertiges. Autrement dit, ils faussent les informations de positionnement et peuvent vous faire croire que le plafond est à vos pieds!

  • Plusieurs causes peuvent être à l’origine du détachement et de la migration de ces cristaux, notamment les changements dans l’oreille interne qui surviennent avec l’âge, une infection de l’oreille interne ou un traumatisme crânien, mais pour 60% des cas, la cause restera inconnue.

Ce qu’en pense le Naturopathe : le physiothérapeute dispose d’une manœuvre qui soulagera instantanément le VPPB au moment de la crise et peut recommander des exercices pour éviter sa récurrence. Il est possible de prévenir la crise aigüe en étant attentif aux premiers signes comme un petit vertige occasionnel. Après 60 ans, ne pas hésiter à consulter pour des étourdissements ou des pertes d’équilibre, même minimes. L’autre moyen de prévention est d’en parler, de diffuser l’information. Dans toutes les familles, on devrait en discuter sans arrière-pensée, simplement pour éviter à nos proches un épisode extrêmement stressant. Parce qu’il ne faut pas se cacher que voir le monde à l’envers n’est pas trippant! Tout d’abord, on se croit atteint d’une maladie grave comme le vertige de Ménière; on peut penser que ce sera permanent; on peut craindre des restrictions vitales comme celles de voyager, de conduire un véhicule… On peut vouloir à tout prix cacher cette faiblesse alors qu’elle n’est pas, dans la plupart des cas, irréversible. Ignorer est bien plus préjudiciable que savoir.

Il n’est pas dans les compétences du Naturopathe de pratiquer les manœuvres décrites dans les liens ci-dessous mais c’est son devoir d’informer et d’orienter ses consultants vers les spécialistes.